Suspendu de permis et ivre, il prend le volant car sa femme a mal aux pieds !
Publié le 17/07/2011
Chronique de la justice ordinaire. Chaque semaine, le récit du quotidien des tribunaux de la région, au hasard des audiences. Aujourd’hui le tribunal correctionnel de Rouen.
CEA. Conduite sous l’empire d’un état alcoolique. Dans les audiences à juge unique du tribunal correctionnel de Rouen (Seine-Maritime), ces trois lettres reviennent tout le temps.
C’est une CEA qu’on reproche à Hervé, un Quevillais de 41 ans. Aggravée d’un défaut de permis. Le 29 mars dernier, il franchit une ligne blanche au volant de sa 106. Les policiers l’arrêtent et le font souffler. Non seulement il conduit avec 0,74 gr d’alcool dans le sang, mais son permis est suspendu, à cause d’une précédente CEA. « Pourquoi avoir pris le volant dans ces conditions ? », lui demande la présidente. « Nous venions de faire les courses avec ma femme, répond Hervé sans se démonter. Elle avait acheté de nouvelles chaussures, et elle avait très mal aux pieds »…
Le procureur requiert une peine de prison avec sursis assortie d’une contravention. Le tribunal le condamne à 75 jours-amende à 10 €.
Christelle, 38 ans, répond elle aussi d’une CEA en récidive. Début avril, la police intervient à la suite d’une altercation entre Christelle et un automobiliste à la pompe à essence d’un supermarché. Ils font souffler Christelle : 0,92 gr. « Depuis, j’ai fait une cure aux Essarts, explique-t-elle d’emblée au tribunal. A l’eau et au café pendant une semaine ».
« Que faites-vous dans la vie ? », demande la présidente. « Je suis au RSA, et j’essaie de m’occuper en coupant les cheveux à qui veut bien ». Travail au noir ? La présidente ne relève pas… Mais elle rappelle les deux précédentes CEA. « Aïe, aïe, aïe, ça fait mal », grimace Christelle, avant d’expliquer qu’elle va aller voir un psychologue : « J’ai besoin de dialoguer, mais j’ai un concubin qui ne parle pas beaucoup, dit-elle en montrant du doigt un homme au fond de la salle. En fait, je suis timide ». « Ça a l’air d’aller mieux… », fait remarquer la présidente.
Elle condamne Christelle à un mois de prison avec sursis. « Ça veut dire que vous n’irez pas en prison… », commence à expliquer la magistrate. « Ah merci ! », s’exclame Christelle en faisant un signe de croix. Elle écoute la suite en essuyant une larme : annulation de son permis de conduire et interdiction de le repasser avant six mois.
Le cas de Kevin, 21 ans, est plus grave. En plus, il est absent, ce qui est plutôt mal vu devant un tribunal. « Il vient de trouver un travail saisonnier de cuisinier », explique son avocate. Le 23 mars dernier, il a été contrôlé par les gendarmes de Saint-Valery-en-Caux (Seine-Maritime), qui le connaissent bien, au volant de sa Golf, sans permis, sans assurance, sans contrôle technique et sans avoir fait changer sa carte grise. « Quinze jours plus tard, les gendarmes le retrouvent au volant du même véhicule, sans feux de position », note la présidente qui remarque qu’il n’a pas effectué deux peines précédentes de travail d’intérêt général. Kevin est condamné à trois mois de prison ferme, en plus de la révocation d’un ancien sursis de deux mois. Et il devra payer 550 euros d’amendes diverses…
Comment y est-on jugé ?
Contrôlé avec un taux d’alcoolémie de 0.5 g/l de sang, on est en infraction. On risque la perte de 6 points, l’immobilisation du véhicule, la suspension du permis de conduire et 135 euros d’amende. Contrôlé avec un taux de 0.8 g/l de sang, c’est un délit. On passe devant un tribunal et on risque la perte de 6 points, jusque 4 500 euros d’amende et 2 ans de prison.
Source : paris-normandie.fr
